Chroniques,  Fantasy

Chronique : Le faiseur de rêves | Laini Taylor

C’est le rêve qui choisit le rêveur, et non l’inverse…

Il est une ville, au centre du désert, où nul n’a le droit de se rendre sous peine de mort. De ses entrailles sortaient autrefois d’interminables caravanes chargées de trésors mais, depuis deux cents ans, la cité est coupée du reste du monde… Pire encore, un soir d’hiver, le nom de ce lieu de légende s’évanouit en un clin d’œil de la mémoire de tous – Lazlo Lestrange, orphelin de cinq ans à peine, ne fait pas exception à la règle. Frappé au cœur, le petit garçon restera irrémédiablement fasciné par cette énigme.

Quinze ans plus tard, il travaille dans la plus grande bibliothèque du monde, à Zosma, en rêvant de fabuleuses découvertes quand, de la Cité oubliée, émerge tout à coup une curieuse expédition venue recruter les meilleurs scientifiques du continent. Pourquoi diable s’obstiner à réunir ces esprits éminents ? Mystère… Et pourquoi Lazlo voit-il donc ses songes se peupler de visions étranges – à commencer par une déesse à la peau bleue pourtant assassinée, des années plus tôt, par les habitants de la ville interdite ? Qui est-elle vraiment ? Comment le jeune homme, qui ignore tout de sa légende peut-il bien la voir en rêve ?

Le Faiseur de Rêves a charmé mon cœur avant même sa sortie. Un titre onirique, un résumé fantastique et une couverture magnifique, il ne m’en fallait pas plus pour me voir tomber sous le charme de l’œuvre. D’abord commandé en VO sur Bookdepository et reçu avec la couverture, je me suis mise à arpenter les allées des librairies à la recherche de sa version VF, et avec la bonne couverture cette fois. Une fois mon périple enfin achevé, il était temps de voir si ce livre était à la hauteur de mes espérances.

« Le jour du deuxième Sabbat de la douzième Lune, dans la ville de Désolation, une fille tomba du ciel. Elle avait la peau bleue et le sang rouge. »

Lorsque j’ai commencé ma lecture, j’étais un petit effrayée. En effet, le livre est assez volumineux et si mon expérience de lectrice m’a appris une chose c’est que le dicton « l’habit ne fait pas le moine » prend tout son sens au moment d’une lecture puisqu’une couverture magnifique ne rime pas forcément avec contenu de qualité. Ajoutons à cela le fait que le livre tournait énormément sur la blogosphère et que j’en entendais beaucoup de positif et voilà que mes attentes grimpaient en flèche.

« Car qu’est-ce qu’un individu sinon la somme de toutes ses bribes de souvenirs et d’expériences, soit un ensemble fini de composants dotés d’une palette infinie d’expressions ? ».

Le premier sentiment qui m’a frappé lors de ma lecture c’est l’impression d’être perdue. J’ai eu un peu de mal à me plonger dans l’univers, il y avait énormément de détails et je n’ai pas réussi à prendre directement le train en route. Je lis pourtant énormément de fantasy, et en général, je rentre dans l’univers dès les premières pages, ici il m’a fallu un petit temps d’adaptation. Une fois les 100 premières pages passées, me voilà plongé dans ce monde magnifique. J’ai été charmé par la beauté de Désolation, la cité perdue, ou du moins de la vision de ce monde dans l’imagination et les rêves de Lazlo.

« Le seul endroit où il pouvait encore s’échapper, c’était dans les recoins de sa propre imagination. »

Concernant Lazlo, c’est un personnage qui m’a énormément touché de par son innocence et sa simplicité. Abandonné enfant, c’est un orphelin qui n’a jamais réussi à trouver sa place dans le monde. C’est un rêveur invétéré qui a travaillé sa vie entière à apprendre les codes, les mythes et le langage de cette cité perdue. C’est un personnage qui fait preuve d’une énorme ouverture d’esprit et d’une énorme bonté, n’hésitant pas à aider les autres, même si ces-derniers ont profité de lui à de nombreuses reprises.

« La haine pouvait agir de la même façon, se nourrir d’elle-même, mais pas éternellement. Tout comme le thrève, elle ne s’alimentait ainsi que dans l’attente d’un plat plus consistant, à savoir sa proie. »

Sarai est au départ aux antipodes de Lazlo. Au côté de 4 autres personnages, ils sont les seuls dieux et déesses ayant survécus au massacre des dieux plusieurs années auparavant. Réfugiée dans une citadelle hors de portée des humains, Sarai est un personnage d’abord volcanique, aveuglé par sa rage alimentée par Minya, personnage totalement détestable par ailleurs, qui rêve de prendre sa revanche sur les humains. Ayant le pouvoir de pénétrer dans la tête des humains endormis, elle passera d’ailleurs de nombreuses années à transformer leurs rêves en cauchemars. Puis vient le moment ou Sarai se rend compte qu’elle n’a plus de rage et c’est à ce moment-là qu’on découvre la vrai Sarai, prisonnière de son apparence et de sa citadelle, qui va trouver son refuge dans les rêves de Lazlo.

« Sa conscience avait des ailes. Si Sarai ne pouvait pas voler, son esprit, lui, en était capable, lui offrant une forme d’évasion qui se jouait toutefois de la liberté. »

J’ai trouvé l’intrigue assez originale bien que l’autrice reprenne ici un concept assez vu : la lutte entre les dieux oppresseurs et les humains revendiquant leur liberté. Néanmoins, l’originalité repose dans le fait qu’ici on ne situe pas au moment du conflit mais des décennies plus tard. Les humains ont terrassé les dieux et pourtant le souvenir de leur cruauté reste profondément ancré dans les mémoires des hommes. Même si la plupart des habitants ont vu leur mémoire effacée, beaucoup d’entre eux portent encore les stigmates de cette violence tels que Eril-Fane et Azareen. Au fil des pages on découvre la nature de leur relation et les horreurs qu’ils ont subi, au point de perdre définitivement une partie d’eux-mêmes.

« Pendant tout ce temps, il avait considéré le Tueur de dieux comme un héros et non un homme, en oubliant que les héros, quels qu’ils soient, étaient aussi des hommes  ou des femmes, en proie aux mêmes difficultés que les autres. »

Une chose que j’ignorais totalement au moment de ma lecture c’est qu’il ne s’agit pas d’un one-shot mais d’un premier tome de saga dont la sortie du second tome en VO : Muse of Nightmares, est prévu pour le 2 Octobre 2018. Du coup, en bon premier tome de saga, Le Faiseur de Rêves introduit cet univers si particulier et pose les bases de l’intrigue. Certains mystères sont élucidés à la fin du livre et d’autres sont introduits pour lancer le second tome. La fin m’a surprise, je n’avais pas vraiment prévu que le livre se terminerait de cette manière et j’aurais aimé ne jamais quitter cet univers.

« Ainsi va la vie. On recourt au rire dans les moments sombres. Plus ces moments sont nombreux, plus le rire est nécessaire. Peu importe que l’on s’esclaffe avec défi, abandon ou hystérie. »

En conclusion, c’est un livre qui m’a énormément plu même si on n’est pas sur un coup de cœur. J’ai noté quelques longueurs et même si je ressors de ma lecture assez satisfaite, j’ai l’impression que l’essentiel de ce livre aurait pu être raconté avec deux-cents pages de moins.

Auteur : Laini Taylor
Titre : Le faiseur de rêves
Edition : Lumen
Nombre de pages : 664 pages
Prix : 16€

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