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Chronique : L’Académie des Âmes Abîmées | Thierry Cohen

À l’Académie des Âmes Abîmées, réparer les vivants est un enseignement, une vocation. Mieux : une mission.

Quand Lana et Dylan, deux adolescents en perdition, y sont recueillis, ils sont loin d’imaginer ce qui les attend. Blessés par la vie, perdus dans un monde de haine et de violence, ils vont tenter de se reconstruire. Mais peut-on retrouver confiance un jour après avoir survécu à de tels drames ? Et quel rôle leurs parrains, Dimitri et Romane, joueront-ils dans la reprise en main de leur destin ?

Entre renaissance, découverte des sentiments, échanges avec des professeurs hors normes et mise en pratique des cours, cette institution secrète dessine un nouvel avenir… Et si elle pouvait changer le monde ?

Avec un titre comme celui-ci, l’Académie des Âmes Abîmées s’est directement fait une place dans mon cœur. En lisant ce résumé, je m’attendais à rencontrer des personnages brisés auquel on réapprend à vivre. C’est effectivement ce que j’ai trouvé dans ce roman mais également beaucoup plus.

« L’institut ne nous débarrasse pas de nos noirceurs. En revanche, il nous enseigne comment les contenir, nous apprend à les utiliser. À savoir nous repérer dans l’obscurité. »

L’une des forces de ce roman est la profondeur des personnages. Comme je m’y attendais, on retrouve des personnes détruites par la vie et pour qui cette académie va être comme une seconde renaissance. Commençons par Lana, elle est la victime de ce que subissent également 200 millions d’enfants et d’adolescents à savoir le harcèlement scolaire. Prise en grippe par un groupe, elle va subir les moqueries, la violence, le chantage et même le viol groupé jusqu’au moment où elle n’en peut plus et veut abandonner.

« Quand tu veux qu’une personne revienne te voir, tu lui confies quelque chose qui t’est cher. Si elle t’aime vraiment, elle reviendra, même si tout s’oppose à elle, car elle connaît la valeur de l’objet pour toi. »

Dylan, quant à lui, a vécu sa vie entière enfermé dans une grange, où celui qu’il appelle « le père » vient lui rendre visite afin de le frapper, puis repartir tranquillement dans sa maison. Dylan est depuis des années victime d’une violence démesurée, son père allant jusqu’à lui casser les os des doigts afin de maximiser la douleur de son fils. Même si Dylan ignore la raison de ces coups, il est persuadé qu’il les mérite. Jusqu’au jour où il se surprend à espérer et à prier pour s’en sortir.

« On ne change pas de vie en changeant seulement de lieu. On emporte toujours avec soi les blessures du passé. Le présent, s’il est porteur d’avenir, agit comme un anesthésiant : il atténue la douleur mais ne soigne pas le mal »

Alors qu’ils sont à bout de force, ils vont être recueillis par une équipe d’hommes et de femmes prêt à tout pour les aider. J’ai vraiment adoré les passages à l’académie où s’enchaînaient des cours simples comme le français et les maths mais également des cours plus originaux comme de la psychologie sociale, d’analyse du comportement ou des cours de krav-maga. Au fil des pages, on assiste à un apprentissage via des défis tous plus originaux les uns que les autres et on voit un réel effet de ces enseignements sur les personnages. Ainsi, Dylan et Lana vont réapprendre à sourire, à aimer et à prendre leur revanche sur leur passé.

« Chaque être est unique ! Et ce qu’il vit le rend plus unique encore. Tu es unique, Lana. Tes douleurs, la peur, tes doutes, l’horreur ont entaillé ton âme, elles l’ont aussi façonnée »

Ce livre contient énormément de personnages qui m’ont touché. Survivant de la Shoah, maladie, alcool, drogue, viol, violence, abandon, chaque personnage a son histoire et le livre insiste sur l’importance de ces passés, tous tout autant horribles les uns que les autres, dans le caractère et la force de chacun des élèves et professeurs. Il y a énormément de secrets et de vérités que l’on ne découvre qu’au fil des pages et j’ai beaucoup aimé avoir ce complément d’information en continue. Je me suis d’ailleurs énormément attachée aux personnages secondaires comme Dimitri, Lia et Romane chacun apportant à sa manière caractère et douceur à l’histoire.

« On ne compare pas les malheurs, c’est une règle ici ! Certains peuvent être détruits par des mots, des insultes. D’autres seront résister aux pires sévices. Les dépasser, même. Chaque parcours est particulier, chaque vie unique, chaque douleur aussi. »

En plus d’avoir de très bons personnages, ce livre propose une réflexion psychologique très intéressante. Au travers des cours et des missions des étudiants vont être expliqué des notions psychologiques très intéressantes tel que le besoin de conformité, l’effet pygmalion, la pression des groupes. C’est un enseignement non seulement pour les personnages mais également pour le lecteur et j’ai trouvé que cela rendait le livre assez original.

« Un roman, c’est un peu comme une personne, non ? On voit la couverture, le titre et on se fait une idée. Mais ce n’est qu’en passant de longues heures avec lui qu’on parvient à avoir une vision précise de ce qu’il est et cherche à nous dire. »

Comme je vous le disais dans l’introduction, dans ce livre j’ai non seulement trouvé des personnages brisés qui réapprennent à vivre mais j’ai également découvert beaucoup plus. Je ne m’attendais pas du tout à trouver de l’action dans ses romans et pourtant il y a eu quelques scènes qui m’ont coupé le souffle et qui m’ont encore plus donné envie de connaitre le reste de l’histoire. Ajoutez à cela la présence d’une équipe de hackers dans l’académie, des gadgets technologiques assez impressionnants et des missions qui tournent mal et nous voilà dans une situation digne de grands films d’actions.

« En vérité, la seule question qui vaille est la suivante : est-on maître de son destin ou condamné à le subir ? »

Bien que je n’en ai pas parlé plus haut, ce livre met en avant un troisième personnage : Sofian, plus en retrait que Dylan et Lana dans l’histoire. Avec lui, l’auteur aborde un sujet en pleine actualité depuis ses dernières années : les recrutements d’adolescents au djihad et les départs en Syrie. L’auteur aborde alors la manière dont ces personnes parviennent à manipuler les esprits en s’attaquant aux personnes faibles, en déformant la vérité pour la façonner comme bon leur semble mais également la cruauté dont ils font preuve afin d’accomplir leur mission au nom d’idéaux fictifs.

« Le silence est la plus humiliante des insultes quand il suggère que vous n’existez plus, que vous ne méritez ni justification ni reproche. »

En conclusion j’ai énormément apprécié ma lecture au point d’avoir eu un coup de cœur sur ce livre. J’ai adoré la profondeur et l’enseignement de ce livre ainsi que les personnages et les actions surprenantes. Plus je me rapprochais de la fin et moins j’avais envie de quitter cet univers. C’est une lecture qui m’a énormément touché et, en tant qu’âme abîmée, j’aurais beaucoup aimé qu’une telle école existe.

Auteur : Thierry Cohen
Titre : L’Académie des Âmes Abîmées
Edition : Plon
Nombre de pages : 407 pages
Prix : 18,90€

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