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Chronique : Un goût de cannelle et d’espoir – Sarah McCoy

Allemagne 1944. Naïve et innocente, Elsie traverse la guerre à l’abri de la petite boulangerie de ses parents et sous la protection d’un officier nazi, loin d’être indifférent à son charme. Lors de la soirée de Noël du parti, elle échappe de peu à un viol grâce à un petit garçon juif. Seul et sans défense, il demande à la jeune fille de le cacher. Prendra-t-elle le risque ? États-Unis, de nos jours. À quatre-vingts ans, Elsie s’active toujours derrière les fourneaux de sa boulangerie. Elle rencontre Reba, une journaliste venue l’interroger sur les fêtes de Noël du passé…

Aujourd’hui, nous allons parler d’un livre qui me faisait envie depuis très longtemps et dont j’avais eu énormément de bons échos sur la blogosphère. Je me suis donc lancée dedans assez facilement et je dois dire que malgré un départ assez compliqué, j’ai énormément aimé ce livre.

« Les gens se languissent souvent de choses qui n’existent pas, des choses qui ont été, mais ne sont plus. Mon pays me manquera toujours parce qu’il n’est plus. »

Lorsque j’ai commencé ce livre, j’ai mis pas mal de temps avant de rentrer totalement dedans à tel point que je n’avais même pas remarqué que certains éléments ne se passaient pas à la même époque en Allemagne (malgré le fait que ce soit indiqué en début de chaque chapitre), ce qui m’a provoqué pas mal de confusions. C’est un livre dont le sujet est assez sérieux, assez dur et je pense qu’au moment où je l’ai commencé, j’avais plutôt envie de lecture plus légère, ce qui explique ma difficulté à complètement rentrer dedans.

« Vous savez tout ce qui s’y passe ? Non. C’était pareil pour nous, à l’époque. Nous savions que certaines choses n’étaient pas bien, mais nous avions trop peur pour changer ce que nous savions, et encore plus peur de découvrir ce que nous ne savions pas. »

Ce livre couvre une large période temporelle puisque certains passages ont lieu avant la guerre, pendant la guerre, à la libération ainsi qu’au XXème siècle. J’ai trouvé ce choix très intéressant tout d’abord puisque cela permet de mieux connaître les personnages, leur passé, leurs traumatismes ainsi que leur reconstruction, et du point de vue historique, cela représente également un avantage considérable. En effet, grâce à cette narration, on peut voir l’évolution des mentalités allemandes, l’adhésion aux idées nazis puis le revirement de pensée soudaine lors de la libération et parfois, plus tardif pour d’autres personnages.

« Je sens le poids de cette guerre sur mes épaules, je le vois sur les visages de Papa et de Mutti. Nous vieillissons tous trop vite. Je nous reconnais à peine. »

Ce livre permet de mettre en avant une autre vision de la guerre puisqu’on oublie souvent que les Allemands ont eux-même souffert de la guerre, souffert des restrictions alimentaires mais également du régime dictatorial mis en place par Hitler. La famille d’Elsie est l’une des familles qui soutient le régime nazi et Hazel, la soeur d’Elsie, a même rejoint les bancs d’un Lebensborn. Néanmoins, Hazel va très vite se rendre compte de la noirceur et de la cruauté qui se cachent derrière le nazisme et leur ambition de race parfaite. On va également voir une évolution du coté de Elsie puisqu’elle va décider de protéger Tobias, un enfant juif mais c’est seulement à force de le côtoyer qu’elle va commencer à voir un enfant et non plus un ennemi de la nation.

« Julius était incollable sur la discipline et l’autorité, mais ne savait rien de la famille et de la compassion. »

Un personnage qui a été très interessant de découvrir est Julius, le fils de Hazel qui met en avant l’endoctrinement extrême qui avait lieu à cette époque. Julius n’est qu’un enfant mais ayant passé toute une partie de sa vie dans les jeunesses Hitlériennes, il se comporte la plupart du temps comme un robot, sans émotions humaines et avec beaucoup de colère et de dégoût en lui. On voit également la violence qui régnait à cette période puisque la Gestapo représente une menace constante pour les citoyens et que ces derniers n’hésitent pas à rentrer dans les domiciles ou à violer les allemandes.

« J’ai appris très jeune que les morts ne peuvent sauver les vivants. Nous seuls pouvons le faire. Tant qu’il y a de la vie, il reste de l’espoir. »

L’auteure a fait un choix audacieux en écrivant une histoire qui met en avant le conflit nazi et de le confronter parallèlement à l’immigration mexicaine, un sujet en plein coeur de l’actualité, encore plus depuis l’élection de Trump et son idée de mur à la frontière. D’ailleurs, peu importe l’époque, ou le peuple rejeté, les solutions sont toujours les mêmes : registres d’identification, fermetures des frontières, constructions de mur et de camps. En mettant en avant ces deux périodes, cela permet de se rendre compte que l’être humain n’apprend pas et répète constamment les mêmes erreurs.

« Ils étaient aimés et méritaient plus. Plus que des mots sur une pierre, du marbre ou des diamants, ils méritaient qu’on se souvienne d’eux et qu’on entretienne leur souvenir. Ils méritaient que les cieux s’ouvrent à eux pour tout ce qui était et n’est plus. »

Finalement, c’est un livre que j’ai énormément aimé. Il faisait preuve d’une incroyable justesse historique et narrative et beaucoup de passages m’ont énormément émue. La pâtisserie est très présente dans l’histoire et permet d’ajouter un peu de chaleur et de douceur à un récit assez dur. Ce livre est magnifique et suscite beaucoup d’émotions lors de sa lecture mais il soulève beaucoup de questions après sa lecture. Avec toute la cruauté décrite, toutes les personnes décédées, sacrifiées, comment l’être humain arrive-t-il encore à refaire constamment les mêmes erreurs ?

Auteur : Sarah McCoy
Titre : Un goût de cannelle et d’espoir
Edition : Pocket
Nombre de pages : 491 pages
Prix : 8.30€

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